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Il faut peut-être qu’on commence par le début de notre histoire. Notre rencontre. 

Alors, il était une fois…. Quoi ??? ça ne vous plait pas, pourtant les contes de fées commence toujours comme ça, et c’est notre conte de fée 😊. 

D’accord, on va rester dans le classique et non dans les contes. Je n’avais pas encore dix-huit ans quand j’ai connu Bertrand. Notre rencontre n’était pas comme les autres. Bertrand commençait à faire des trajets France-Roumanie pour le travail. Il se déplaçait très régulièrement, quinze jours en Roumanie et une semaine en France. 

Tout a commencé en février 2004, j’étais en dernière année de lycée. J’avais pas mal de dossier à remettre à l’école. Des dossiers à taper sur ordinateur et à cette période, je n’avais pas d’ordinateur à la maison. Les responsables de ma mère, m’ont autorisé à venir dans l’entreprise et me servir de l’ordinateur de ma mère. Bien sûr, c’était après les horaires de travail. Pendant cette période de déplacement, Bertrand n’était jamais seul. Il accompagnait souvent le PDG et/ou le directeur. 

Comme je venais assez souvent, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de les rencontrer et d’échanger quelques mots avec ces dirigeants. Ils étaient très sympas et très compressifs. Mes phrases en français n’étaient pas vraiment évidentes à comprendre. Je tiens à préciser que mon niveau de français était médiocre. A l’école, mes cours étaient mauvais, je ne sais même pas si je peux appeler ça des cours d’ailleurs. Ma prof de l’époque, très gentille, adorait nous apprendre des chansons pour assimiler la conjugaison. Des chansons, j’en connais, mais j’étais incapable de faire une phrase correcte. C’est pour cela que je préférais parler en anglais. Je parle six langues : Français, Roumain, Hongrois, Anglais et un peu d’Italien et d’Espagnol. Mais revenons à nos moutons ou plutôt notre conte de fée.  

J’étais assise au bureau de ma mère, en train de travailler. Le bureau de ma mère était grand, en long, elle le partageait avec un collègue. La majorité des personnes étaient déjà parties. Les Roumains pratiquent la journée continue et la plupart terminent à 15h. Le directeur français que nous appellerons Mr Pi est un homme proche de 60 ans, assez grand, carré, très sérieux et charismatique. Son entrée dans une pièce suscite naturellement et directement le respect. Mr Pi entre dans le bureau pour parler avec ma mère d’un problème. Ma mère responsable achat en cette période, était directement sous ses ordres. Je tentais de me faire petite, pour ne pas déranger. Une fois le problème réglé, Mr Pi repart. Quinze minutes plus tard, un jeune homme débarque dans le bureau avec un petit carnet dans les mains, assez essoufflé. Je crois que je me rappellerais toute ma vie : 

– Ramona (C’est ma mère) quel est ton souci avec l’ordinateur ? 

– Tu as un virus ? 

Ma mère se retourne doucement et le regarde surprise. 

– De quoi tu parles ?? Je n’ai pas de virus dans mon ordinateur ! 

En même temps une petite tête apparaissait dans l’encadrement de la porte. Tout sourire Mr Pi regardait la scène discrètement. Ma mère comprit la supercherie tout de suite. Bertrand était de dos, il n’avait rien vu. Moi, dans mon siège, je regardais surtout l’ordinateur. Mr Pi le regard rivé sur nous, il rigolait. Mr Pi ne faisait jamais de blague de la sorte, la scène était improbable. Ma mère nous présente l’un à l’autre et s’adresse à Bertrand. 

-Bertrand, je n’ai pas de soucis de virus mais, je te présente ma fille. 

Je me retourne pour le voir et après je crois qu’il a eu un petit blanc…… 

-Bonjour, je suis Cristina. 

-Bonjour, je suis Bertrand. 

Après encore un blanc, je crois que niveau dialogue nous ne pouvons pas faire moins. Je ne pouvais pas faire plus, pas avec mon niveau de français de l’époque. Mais Bertrand non plus n’a rien dit, pourtant il n’est pas timide et s’adresse facilement aux gens même sans les connaitre. Était-il charmé ??? En tout cas moi oui. Je ne peux même pas vous raconter la suite, je ne m’en souviens tout simplement plus, j’étais comme dans un brouillard.  

J’ai revu Bertrand quelques jours plus tard, toujours dans l’entreprise. En cette période Il travaillait de 7h à 20h six jours sur sept. J’étais dans le couloir pour aller me chercher un verre d’eau. Bertrand était également dans le couloir, derrière moi. Quand je l’ai vu, je ne savais pas quoi faire. La première chose que j’ai faite, c’est de courir m’enfermer dans la salle de pause au bout de ce fameux couloir qui faisait la longueur du bâtiment. Je n’ai pas couru au sens propre, mais j’ai franchement accéléré le pas. Je me suis dit, ouf je suis à l’abris. Mais c’était mal connaitre Bertrand. Il m’a suivi dans cette salle de pause, le seul lieu du bureau où trouver une fontaine d’eau et une machine à café. Un grand blanc c’est installé. Moi très timide et Bertrand grand bavard mais ne savant pas comment commencer. Comment faire pour que je comprenne ? 

Vous savez quoi ? Il a réussi à m’inviter à boire un verre dans le centre ! J’ai compris sa demande et j’ai répondu en anglais. Le rendez-vous était pour le samedi en début d’après-midi. 

Je suis arrivé un peu en avance, je ne suis jamais en retard. Je ne voulais pas qu’il attende. Vous savez quoi ? Il est arrivé avec plus d’une demi-heure de retard ! J’étais à deux doigts de partir, en me disant qu’il m’avait posé un lapin. Je suis finalement partie de l’autre côté de la terrasse, dans un parc. J’avais une bonne visibilité sur la place où se trouvait le café où nous avions rendez-vous. Une demi-heure plus tard mon cher français arrive en voiture avec ses collègues. Il sort en trombe de la voiture et il me cherche. J’avais envie d’éclater de rire malgré la situation. Au bout de 5 minutes, j’ai eu pitié de lui. Surtout quand j’ai vu qu’il commençait à s’en prendre à ses collègues en leur disant que c’était leur faute s’il était en retard. Quand il m’a vu, je peux vous dire qu’il était soulagé. Il avait eu tellement peur que je sois partie. C’était même attendrissant. 

Nous avons fini par boire ce verre de jus d’orange. Niveau conversation, je ne peux pas dire que c’était zéro, mais nous n’en n’étions pas loin. Je ne savais pas quoi dire et quand Bertrand disait quelque chose je répondais « oui » ou « non ». Pas très bavarde…  

Une fois que tous les sujets de discussion ont été fini, nous nous sommes levés pour partir. Bertrand décide de m’accompagner jusqu’à l’arrêt de taxi. Avant que je monte dans le taxi, Bertrand me demande si je voulais son numéro de téléphone. Et moi, n’ayant rien compris ou partiellement, je lui répondis. J’avais compris qu’il me demandait si j’avais déjà son numéro ? J’étais tellement fière de moi, d’avoir compris cette phrase entièrement que j’ai répondu franchement : 

– Ah non !!! 

C’est là que je me suis rendu compte qu’il y a quelque chose qui clochait. J’ai vu le visage de Bertrand se décomposer, baisser la tête et de dire d’une petite voix : 

– Tant pis, ce n’est pas grave. 

Une fois que l’on s’est dit au revoir, je suis monté dans le taxi. Pendant le trajet je n’ai pas arrêté d’y penser. Je repassais la scène en boucle. 

– Pourquoi ne m’a-t-il pas donné son numéro lorsque je lui ai dit que je ne l’avais pas ? Pourquoi il n’a pas voulu me le donner ? Pourquoi il faisait une telle tête ? 

Et là, ma petite lumière s’illumine, ça y est, j’ai compris ! J’avais mal compris la question. Il voulait savoir si je voulais avoir son numéro. Et moi je venais de lui dire NON ! Un « non » franc et ferme qui venait du cœur ! 

Une fois arrivée à la maison, j’ai écrit sur un bout de papier mon numéro de téléphone portable que j’ai donné à ma mère pour lui donner le lundi suivant lorsqu’il reviendrait. 

Le lundi soir ma mère arrive en rigolant et me donne un morceau de papier. C’étaient les coordonnées de Bertrand : numéro de portable, numéro fixe, adresse mail et même l’adresse de sa maison en France. J’ai rigolé en voyant ça, en me disant c’est bon il y a encore une chance. 

Depuis nous sommes toujours ensemble. Nous nous sommes fiancés en Roumanie, célébré le mariage civil en France, puis un mariage religieux en Roumanie (et oui nous aimons faire la fête) et surtout nous avons deux magnifiques enfants. 

Je vais finalement changer la fin de mon « conte de fée ». Nous ne sommes qu’au début d’une longue aventure et ils vécurent heureux, à 100%, avec pleins d’aventures à vous partager.